Elle a chanté une chanson de Ferré à propos
des amours morts en me regardant dans les yeux comme si elle y lisait.
A partir de ce jour, j'étais foutu, j'étais accroc.
Dépendre de quelqu'un d'autre que de moi-même, m'affaiblir, me torturer,
c'était tout ce que je redoutais.
J'ai passé ma vie à m'attirer l'inimitié des autres, pour ne pas me retrouver face à la situation abjecte
de n'être pas aimé alors que je l'avais demandé.
En étant sciemment haïssable, je gardais le contrôle,
on me haïssait parce que je faisais en sorte qu'il en soit ainsi.
Elle m'avait eu et elle ne l'avait même pas fait exprès.
Tout ce qu'elle voulait, c'était me fuir, et pour les mêmes raisons : elle avait peur de moi
comme j'avais peur d'elle. Mais c'était déjà trop tard.
Je lui ai fait le grand jeu (...) je ne voulais pas tant l'impressionner que l'extraire de Paris
où ma mauvaise réputation était omniprésente
(je ne l'ai jamais autant maudite qu'à ce moment), et en faire des tonnes
pour lui prouver que je ne lui tendais pas de piège.
Elle a finalement cédé. Pendant six mois, ça a été parfait, j'étais heureux je n'ai rien à dire
de cette période, des souvenirs dont la simplicité me fait mal à présent.
Juste elle, et moi. C'est tout.
Et puis un soir on est sortis, son démon l'a reprise et, à partir de là, tout a basculé,
on s'est mis à trainer dans des endroit glauques qui l'attirait et la consternait à la fois,
elle en ressortait satisfaite mais blessée à mort.
Elle voulait se salir, elle en avait besoin, mais ça la tuait.
Elle prenait de plus en plus de saloperies, et je m'y suis mis aussi,
pour que ça ne l'éloigne pas de moi et aussi parce que j'en avais besoin pour tenir
avec tout ce qu'on buvait et les endroits où on allait.
Je craquais doucement, mais je ne l'aurais jamais laissée. Je l'aimais.
Et puis elle es partie.
Six mois de bonheur ... La chute lente ... Et un jour on se retrouve à jouer seul.
L'autre retire ses billes, reprend ses cartes, et vous restez là, comme un con devant
une partie inachevée... A attendre. Parce que vous ne pouvez faire que ça, attendre.
Cesser d'attendre, ça voudrait dire que c'est fini.
Vous attendez en vain qu'elle relance les dés, vous pensez qu'il vous reste
des cartes maîtresses que vous n'avez pas encore abattues,
et qui changeront le cours de la partie.
Mais vous avez perdu.
Moi, j'ai perdu.
Non, je suis perdu.
Je l'aime ... Tout le temps, toujours, à en crever.
Je l'aime endormie, ou déprimée, je l'aime même cokée, abrutie, dégradée.
Elle réussissait, je ne sais pas comment, à rester tellement pure dans les situations
les plus dégradantes que j'avais envie de me mettre à genoux devant elle.
Quatre mois que c'est fini. Il n'y a pas de mot.
